
Parmi les molécules du vivant captant la lumière du soleil, la phycocyanine est sans conteste la plus efficace. Dans sa cyanobactérie, la spiruline, elle transmet l’énergie d’un photon en quelques millièmes de milliardième de seconde, sans aucune perte. Cependant, parmi les nombreuses promesses qu’elle renferme, l’une d’entre elles reste obscure. À la suite de mon ouvrage, dont je vous recommande la lecture pour tout savoir à son sujet, j’ai tenté d’aller jusqu’au bout d’une des questions qui y restaient ouvertes, et, à la place, je suis tombé sur quelque chose d’étonnant. Le seul moment où le pigment bleu, que vous connaissez peut-être déjà à travers mes articles ou votre expérience personnelle, demande vraiment un apport de lumière à l’intérieur de votre organisme, est celui où il détruit.
Huit picosecondes
Huit picosecondes, c’est le temps qu’il faut à l’énergie d’un photon pour traverser l’antenne d’une cyanobactérie et parvenir à sa destination. Soit huit millièmes de milliardième de seconde, et aucune information ne se perd en chemin.
Le pigment bleu qui capte la lumière, c’est-à-dire la phycocyanine, ne travaille jamais seul. Il est empilé en disques, eux-mêmes montés en bâtonnets qu’un jeu de protéines incolores arrime à un noyau. L’ensemble forme un phycobilisome bien particulier, en forme d’éventail. Et lorsqu’un photon arrive jusque-là, son énergie ne se promène pas au hasard de cet échafaudage : elle descend les étages comme dans un entonnoir.
Si je vous explique cela, c’est parce que des équipes de Chicago et de Sheffield ont chronométré cette fameuse descente en entonnoir. C’est là, et dans ces conditions, que les mesures de huit picosecondes des bâtonnets vers le cœur, et de dix-sept picosecondes du cœur vers la sortie, ont pu être établies.
Ils y ont aussi vu que l’étape la plus rapide de toutes, celle menant de la phycocyanine à l’allophycocyanine, ne dure que huit cent quatre-vingt-huit femtosecondes. Soit bien plus rapidement que ne le prédisait le modèle théorique utilisé pour décrire ce transfert.
Cependant, aussi passionnantes puissent être ces mesures et les réflexions auxquelles elles conduisent, elles ne nous disent rien de ce que la phycocyanine devient dans un corps humain.
Mais il faut s’arrêter ici, et c’est là où le récit marketing continue sans chercher à savoir. Force est de reconnaître qu’une phycocyanine qui arriverait intacte dans nos tissus serait comme une antenne branchée sur du vide.
Ce qu’il reste après le repas
La C-phycocyanine est une protéine particulièrement difficile à digérer, de par sa taille, mais aussi sa complexité, comprenant deux cent trente-deux kilodaltons pour l’hexamère, six sous-unités, et sur chacune d’elles des molécules de phycocyanobiline fixées par liaison covalente. Or, la phycocyanobiline est le chromophore, soit la partie colorée qui reçoit la lumière et la convertit.
Il faut savoir qu’en règle générale, quand une protéine de cette taille essaie de franchir la paroi intestinale, les enzymes digestives la découpent. Ce qui se passe, ce sont des fragments libérant le chromophore de la protéine. On parle alors de promédicament, agissant et se formant en aval.
Pour vous donner un exemple, chez la souris, après une dose orale considérable de cinquante milligrammes par kilo, la concentration sanguine plafonne à quarante nanogrammes par millilitre. Le pic survient au bout de deux minutes et vingt-quatre secondes, au-delà, tout commence à redescendre pour donner une demi-vie calculée à trois heures et demie.
Et quarante nanogrammes par millilitre après une ingestion massive, ça ne fait pas beaucoup.
Le parallèle de la lumière
Existe-t-il un effet de la phycocyanine exigeant la lumière pour agir ?
Oui.
Quand elle tue une cellule.
Des chercheurs ont exposé des cellules de cancer du sein à de la phycocyanine, et ont observé avec émerveillement que, dans l’obscurité, rien ne se passait. Puis ils ont allumé un laser émettant à une longueur d’onde de six cent vingt-cinq nanomètres, à savoir celle qu’elle absorbe le mieux, ce qui a excité la molécule, qui a instantanément cédé son énergie à l’oxygène moléculaire.
Résultat :
Soixante-deux pour cent des cellules cancéreuses sont mortes.
Ce qui active son pouvoir protecteur, transformant la phycocyanine en redoutable prédateur de proliférations cancéreuses observées dans différents modèles expérimentaux, est donc nécessairement la lumière.
Tokyo, 1977
En 1977, à Tokyo, un fait intéressant s’est produit. Il ne concerne pas directement la spiruline, mais confirme le phénomène d’activation de la phycocyanine à la lumière de molécules contenues dans une algue cousine. À cette époque, il a été observé qu’au moins vingt-trois personnes ont développé une dermatite par photosensibilité, le visage et les mains ayant réagi au soleil. Et ce qui fut légitimement mis en cause dans cette affaire, ce furent les comprimés d’une même marque de chlorella.
Après avoir récupéré les comprimés des patients, des chercheurs les ont donnés à des souris. Immédiatement la même maladie est apparue, la gravité des lésions augmentant avec la teneur en phéophorbide administrée, un dérivé de la chlorophylle se formant pendant la transformation de l’algue.
Et cela a été prouvé tout simplement en renouvelant l’expérience avec des comprimés d’un autre fabricant dix fois moins chargés en phéophorbide, qui n’ont rien provoqué.
On peut donc constater une chose assez facilement sur cette base : un pigment cousin activé par le soleil sur la peau a été reconnu dans vingt-trois dossiers médicaux, par l’interaction entre le photosensibilisant présent dans l’organisme et la lumière solaire atteignant la peau.
On pourrait alors faire un rapprochement fort simple.
La phycocyanine absorbe la lumière entre six cent vingt et six cent vingt-cinq nanomètres, précisément dans une plage de longueurs d’onde qui peut pénétrer les tissus. Entre six cents et sept cents nanomètres, elle franchit quatre centimètres de paroi abdominale. Entre six cent trente et huit cents, elle traverse vingt-cinq centimètres de mollet.
Un corps humain laisse passer le rouge. C’est même à peu près la seule couleur qui entre profondément.
C’est le scénario s’étant très probablement produit à Tokyo.
La phycocyanine n’agit pas sans lumière ?
Des chercheurs américains ont montré que des métabolites de chlorophylle pouvaient se loger dans les membranes mitochondriales d’un animal et y augmenter la production d’ATP sous éclairage.
Ce qui rend leur travail remarquable, c’est la phrase qu’ils ont écrite dans leur discussion finale :
« Pour que ce mécanisme approche le débit d’ATP fourni par la voie classique, il faudrait charger l’animal en pigment jusqu’à le rendre vert. »
Ce qui pourrait montrer qu’une fois ingérée, la phycocyanine a deux modes d’action : l’un dépendant de la lumière, que nous venons de le voir, l’autre en coopération avec le cerveau intestinal.
Si une concentration de quarante nanogrammes par millilitre paraît trop faible pour faire de vous un photosensibilisateur ambulant, on peut comprendre l’intérêt d’une cure menant à une saturation progressive jamais mesurée jusqu’à présent.
Ce qui n’empêche pas la phycocyanine, dans nos intestins, d’agir bien au-delà de ce qu’on lui accorde officiellement.
En l’absence de soleil, elle restitue le sien en :
- piégeant les radicaux peroxyles
- inhibant sélectivement les enzymes inflammatoires
- activant les voies de défense cellulaire
- protégeant les mitochondries.
Que devient une molécule bâtie pour recevoir la lumière lorsqu’elle finit dans le noir ?
C’est, parmi tant d’autres choses, ce que vous découvrirez dans mon dernier ouvrage sur la phycocyanine.
Bien à vous,
Jean-Baptiste Loin
Jusqu’au jeudi 20 août au soir, vous pouvez profiter des versions papier et numérique de mon livre La phycocyanine, ce pigment bleu qui réinforme le vivant avec votre cure de phycocyanine dosée à 20 g par litre en vous rendant sur cette page.
Sources :
- Huit picosecondes 888 fs, PMID 26537632 · 8 et 17 ps, JACS 2023, PMC10236497 · Structure du phycobilisome, cryo-EM, PMC9694638
- Ce qu’il reste après le repas Pharmacocinétique de la phycocyanobiline, J Appl Phycol · Obstacles à la biodisponibilité et statut de promédicament, PMC13108095
- Le parallèle de la lumière Effet photodynamique à 625 nm, oxygène singulet, Molecules 2016
- Tokyo, 1977 Épidémie de photosensibilité, J-STAGE · Contre-épreuve, J-STAGE · Pénétration de la lumière rouge dans les tissus, Hamblin 2018, PMID 29164625
- La phycocyanine n’agit pas sans lumière ? Xu et al., J Cell Sci 2014, chlorophylle et mitochondries · Romay 1998, radicaux peroxyles, PMID 9495584 · Revue anti-inflammatoire, COX-2 et Nrf2 · Puengpan 2024, mitochondries, PMC11386417































