Les sept intelligences

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intelligences multiples

L’école est-elle vraiment le lieu de développement de l’intelligence ou le creuset de l’exclusion des intelligences non-conformes ?

En 1979, la fondation Bernard van Leer de La Haye demande à une équipe de chercheurs de la Harvard Graduate School of Education d’entreprendre une enquête sur la nature du potentiel humain.

Un certain Howard Gardner, en tant qu’assistant dans ce groupe de recherche, s’attelle à une étude sur la cognition qui le conduit bien vite à dépasser les conceptions en vigueur à l’époque en matière d’intelligence, et à proposer, dans un livre qui restera historique,  » Frames of mind « , de considérer ces facultés mal définies que l’on appelle  » talents « , comme des formes d’intelligence à part entière.

A travers cette redéfinition – qui déclencha, bien sûr, l’irritation et le mépris de ses confrères – il s’agissait, pour Gardner, de remplacer la conception monodimensionnelle de l’intelligence par une conception plurielle qui prendrait en compte les différentes facettes de l’activité cognitive, et reconnaîtrait que nous différons les uns des autres par notre acuité cognitive.

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L’école pour apprendre… à obéir

C’est évidemment à l’école que tout commence.

Dans cette vénérable institution où, comme disait Coluche, on apprend avant tout à devenir un  » obéisseur  » le seul et unique type d’intelligence pris en compte est celui correspondant au test du fameux  » Quotient Intellectuel  » ou  » Q.I.  » qui, d’ailleurs, fut précisément établi, au début du siècle, pour évaluer les chances de réussite des enfants dans le cadre scolaire.

Merveilleuse institution qui avait prévu tout à la fois le programme le plus parfaitement standard, les sanctions les plus handicapantes pour ceux qui ne parviendraient pas à s’y rendre conformes… et même le moyen  » scientifique  » de mesurer le degré de conformité de chacun.

Malheureusement, un siècle est passé, et l’on est en droit de trouver déplacé que cette école là continue de fabriquer de bons soldats… pour le chômage.

Le chômage, d’ailleurs, n’est qu’un moindre mal, comparé à l’exclusion pure et simple dont sont victimes tant de jeunes des banlieues, réputés  » inadaptés « .

C’est, hélas, un lieu commun de dire, aujourd’hui, que cette exclusion, scolaire puis sociale, constitue un des symptômes les plus flagrants de l’inadaptation de notre système culturel et éducatif.

Mais, au-delà même de ce problème de banlieues, nos normes d’intelligence démontrent encore plus leur incongruité du fait que ce ne sont pas forcément les plus diplômés qui, en ville, réussissent le mieux.

Le fossé se creuse en effet chaque jour, entre la jungle d’asphalte mondialisée et les programmes poussiéreux mais aseptisés des grandes écoles.

Alors, comment permettre à des potentiels humains nouveaux de trouver des solutions nouvelles à des situations nouvelles ?

Et comment, surtout, offrir à chacun le moyen d’exprimer ses talents particuliers, dans le cadre d’une civilisation complète, c’est à dire à la fois rationnelle et créatrice ?

Peut-être en tenant compte de la découverte d’Howard Gardner qui a redéfini l’intelligence en lui attribuant sept formes différentes : verbale, logico-mathématique, spatiale, musicale, corporelle et kinesthésique, interpersonnelle (intelligence des autres), et intrapersonnelle (intelligence de soi).

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Les sept principales formes d’intelligences

Mais au fait, qu’est-ce que l’intelligence ?

Selon Gardner, c’est une compétence mise en œuvre pour résoudre un problème.

Mais ne furent évidemment prises en compte, dans ses recherches, que les compétences universelles, valables pour toute l’espèce humaine, et surtout, pouvant être localisées dans le cerveau et comportant un noyau opératoire identifiable.

Comme on l’a vu, il y en a sept :

  L’intelligence musicale, qui apparaît clairement chez certains enfants prodiges, comme Mozart, mais est présente chez tous, à divers degrés.

C’est une faculté universelle que l’on retrouve à tous les âges de l’humanité et partout dans le monde.

D’autre part, la compétence musicale est partiellement localisée, dans le cerveau, et elle se double d’une capacité opératoire dès la petite enfance.

  L’intelligence kinesthésique, qui correspond à la capacité de contrôle des mouvements corporels.

Elle est, elle aussi, localisée dans le cerveau.

Elle se manifeste par des gestuelles hautement culturelles, comme la danse ou le sport, ou encore par l’usage des outils qui, encore une fois, relève d’une faculté humaine universellement répandue et comportant, au-delà de son côté utilitaire, un aspect indéniablement artistique.

  L’intelligence logico-mathématique, qui est celle dans laquelle excellent les scientifiques, certains  » idiot-savants  » et autres enfants prodiges.

C’est une des deux formes d’intelligence prises en considération par le Q.I. et, pour cette raison, suffisamment connue pour que nous ne nous étendions pas plus sur le sujet.

  L’intelligence langagière, qui est l’autre compétence familière aux adeptes du Q.I..

Le langage est évidemment une constante dans toutes les cultures, il existe même chez les sourds, et se localise dans une région cérébrale spécifique de l’hémisphère gauche.

  L’intelligence spatiale, qui intervient dans la navigation, dans la lecture des cartes, dans les arts plastiques, etc.

Localisée dans les zones postérieures de l’hémisphère droit, cette intelligence se retrouve chez tout le monde, y compris chez les aveugles.

Quelques rares enfants prodiges et surtout des enfants autistes sont des phénomènes dans ce domaine.

  L’intelligence interpersonnelle, qui est bâtie sur une capacité centrale à repérer ce qui distingue les individus : différences d’humeurs, de tempéraments, de motivation, d’intention…

C’est le sens psychologique extraverti, qui apparaît notamment chez certains responsables politiques ou religieux, enseignants ou thérapeutes.

Localisée dans le lobe frontal, cette compétence est présente dans tous les groupes humains depuis toujours, se manifestant particulièrement dans la personne du chef.

  L’intelligence intrapersonnelle, enfin, qui correspond au sens psychologique introverti, à la connaissance introspective de soi, au sentiment d’être vivant, à l’expérience de ses émotions, à la capacité à en tirer des ressources pour comprendre et orienter son comportement.

Egalement localisée dans les lobes frontaux, cette intelligence serait plutôt celle du sorcier, du sage, de certains artistes et du psy jungien ou transpersonnel.

Vers une nouvelle école ?

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Ce que ce nouveau modèle des  » Intelligences Multiples  » ou  » I.M.  » nous apporte, c’est avant tout une conception de l’éducation centrée sur l’individu réel, et non plus sur un hypothétique esprit standard.

Mais la pensée I.M. veut aussi montrer que les capacités intellectuelles sont totalement liées aux contextes et aux ressources extérieures.

Plus question, dans cette optique, de prendre le petit Pygmé pour un minus, sous prétexte qu’il n’est même pas capable de différencier une Peugeot d’une Citroën.

Plus question, non plus, de croire qu’une bonne réponse donnée dans une salle de classe bien chauffée puisse présager d’une quelconque capacité d’adaptation sur le terrain miné de la vie quotidienne…

Au plan pratique, le modèle I.M. nous propose :

  en tout premier lieu, de nouvelles formes d’évaluation de l’intelligence, non stressantes, qui puissent permettre à chaque enfant de faire preuve de ses réelles facultés de compréhension et de ses points forts, quels qu’ils soient ;

  et, dans un deuxième temps, de nouveaux programmes scolaires et une formation spécifique des enseignants.

Mais attention : ces projets n’ont rien de farfelus.

Il faut savoir qu’Howard Gardner est extraordinairement populaire aux Etats-Unis, et que les programmes d’I.M. commencent à être appliqués dans certaines écoles expérimentales.

De plus, une mode I.M. irrésistible souffle actuellement sur les médias américains, radios et TV.

Il n’est donc pas impossible – et c’est l’objectif que s’est fixé Gardner – que, dans une dizaine d’années aux Etats-Unis, l’individualisation de l’éducation soit devenu un acquis, et qu’à la lumière des prochaines découvertes en neuropsychologie, et aussi peut-être à la faveur de l’avancée cyber, les enseignants puissent enfin appliquer non plus un seul mais plusieurs styles d’apprentissage.

Un enseignement à visage humainLes sept intelligences - Reponses Bio

Il ne faudrait pas voir le système d’évaluation I.M. comme une espèce de super test, plus technocratique encore que le Q.I.

Sachons que pour Gardner, notre société souffre de trois déformations : l’occidentomanie, l’élitomanie et la testomanie.

Déplorant que nous privilégiions exclusivement ce qui est testable et quantifiable, il n’a évidemment pu mettre au point autre chose qu’un système d’évaluation humain, délicat et agréable, et visant plus à aider les gens qu’à les classer.

De la même manière, il ne faudrait pas croire que Gardner veuille remplacer les profs par des ordinateurs.

Il est vrai que les nouvelles technologies informatiques interactives tiennent une place importante dans son programme, mais la première place reste occupée par les hommes : spécialistes de l’évaluation pour orienter chaque élève vers les matières lui convenant, conseillers en curriculum pour lui trouver la méthode d’apprentissage lui correspondant, conseillers aux relations école-collectivité pour lui proposer des opportunités de formation au sein de la collectivité, enseignants experts pour superviser la pertinence de l’orientation et le travail des professeurs, et enfin enseignants pour… enseigner, mais uniquement leur matière préférée et dans leur style préféré.

Enfin, il ne faudrait surtout pas imaginer que la méthode I.M. veuille fabriquer, dès le berceau, des petits Mozart ou des petits Einstein.

Un enfant démontrant une intelligence de type musical, par exemple, ne serait surtout pas enfermé dans un conservatoire.

Aux antipodes de ces excès romantiques, la méthode d’évaluation de Gardner est conçue, d’une part pour identifier les points forts d’un enfant afin de l’aider à définir les expériences qui lui seront utiles, et d’autre part pour remédier à ses faiblesses avant qu’il soit trop tard, en trouvant d’autres formes d’enseignement, plus adaptées, afin que soient effectivement couverts tous les domaines de compétences.

Bien sûr, il n’aura échappé à personne qu’un tel projet est extrêmement ambitieux, pour ne pas dire utopique, surtout dans l’état actuel de notre administration française.

Pourtant, gageons que l’école du futur ressemblera plus ou moins à celle imaginée par Gardner, et que l’épouvantable compétition intellectuelle qui règne de nos jours dans les écoles ne sera plus qu’un mauvais souvenir, oublié.

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Un gâchis social

Dans le système social actuel, comme dans la plupart des sociétés anciennes, exception faite d’une poignée de tribus primitives et de quelques civilisations traditionnelles, certaines facultés humaines sont tellement valorisées, que le monde appartient à ceux qui les possèdent ; alors que les autres membres de la communauté, tous les autres, sont, au mieux exploités, au pire exclus ou supprimés.

Dans le système féodal, grands seigneurs et petits brigands, par leur habileté aux armes et leur courage physique, vivaient aux dépens des paysans.

Aujourd’hui, c’est le monde de l’argent qui fait la loi.

Ayez ce type d’intelligence – très particulière – qui consiste à savoir manipuler les valeurs financières, exploiter les filons industriels ou tout simplement vendre… et vous vous approprierez le vrai pouvoir.

Quelques autres formes d’intelligence, dans la mesure où elles s’avèrent utiles aux marchants dominants, peuvent encore vous assurer un sort enviable, comme celles permettant d’accéder aux mondes politique, scientifique, technique ou médiatique ; mais, dans tous les autres cas, vous ne pourrez guère espérer qu’un statut de « serf  » moderne avec, il est vrai, le droit de grève et de chômage… à moins que vous ne préfériez être, ou soyez contraint d’être, un « marginal « .

Ce fonctionnement social, basé sur le rapport dominant/dominé hérité de notre passé animal et que la gauche n’a pas plus évité que la droite, n’est, en réalité, vraiment bénéfique à personne, même pas aux  » maîtres « , puisque c’est la société toute entière qui se prive ainsi des ressources quasi infinies dont elle pourrait bénéficier si elle exploitait l’ensemble des formes d’intelligence.

 Geneviève Maillant 

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2 Commentaires sur "Les sept intelligences"

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Jean-Michel
Invité
Jean-Michel

Il y a une petite erreur sur cette page : le test de QI a été conçu initialement pour donner un vernis de scientisme à la ségrégation raciale (envers les noirs notamment, mais aussi les populations hispaniques qui émigraient massivement aux états-unis)… Seulement après il est devenu un test de sélection pour « séparer le bon grain de livraie »… Et justifier la ségrégation sociale par des données chiffrées…

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Admin
Bonjour Jean-Michel, Merci pour ce très utile complément d’information. Il est clair que le Q.I. est intimement lié à une volonté de ségrégation. Ne s’agit-il pas, en effet, d’opérer avant tout une ségrégation socioprofessionnelle : o QI de 90 = garagiste ; o QI de 120 = pharmacien ; o QI de 160 = prix Nobel, etc. Chacun à sa place, sinon ça fait désordre. De là à appliquer cette prétendue mesure de l’intelligence aux différents groupes ethniques, il n’y a aucun problème : o QI d’Africain = 80 ; o QI d’Asiatique = 90 ; o QI d’Européen =… Lire la suite »
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