La musicothérapie dans la tradition chinoise

11
principe d'équilibre selon la philosophie chinoise classique

« Le Qi suit le son et le son suit le Qi. Lorsque le Qi est en mouvement, le son retentit, quand le son retentit, le Qi vibre. »

Le son nous ramène au Qi ; le Qi contient le pouvoir d’agir sur l’esprit. Ce pouvoir de l’esprit nous ramène au vide. Le vide contient la potentialité du pouvoir. Le pouvoir contient en potentialité le son. L’un ramène à l’autre. »

Tan Qiao dans le Hua Shu, Livre des transformations (938 de notre ère)

Les anciens Chinois ont très rapidement identifié le son comme une vibration et compris que cette vibration pouvait opérer des effets sur la matière et sur l’esprit.

Suivant la tradition c’est, une fois encore, l’Empereur Jaune qui décida d’utiliser les sons et la musique comme moyen thérapeutique.

La musique fut en effet inventée par Fuxi (Fu Hsi ou Fo Hi), le Premier Empereur, mais c’est Wangdi qui créa les notes et décida de les utiliser.

Il chargea son conseiller Ling Louen de superviser la fabrication d’instruments de musique liés aux sons des Cinq Eléments (Cinq Mouvements) (Wuxing).

Le premier instrument créé dans cette attente fut le « Tube étalon de bambou » (Wang Tchong) confectionné à partir de bambous cueillis à l’Ouest de Dahia (Ta Hia) dans la vallée de Yeqi (Hie Ki).

Il produisit un son très pur, la « Note Jaune », qui servit d’étalon au fur et à mesure qu’il fut rempli de grains.

Cela permit de donner une mesure idéale de quatre-vingt une unités, ce qui correspondait au carré de neuf, chiffre emblème de l’énergie créatrice du Ciel.

Grâce à des recherches relativement récentes, il semble que le son produit initialement par cet instrument de bambou correspondrait à la note fa.

En réduisant peu à peu la longueur du tube, toujours grâce à des grains, il fut obtenu douze demi-tons dans la limite de ce qui correspond à une octave : fa, fa dièse, sol, sol dièse, la, la dièse, si, ut, ut dièse, ré, ré dièse, mi.

Il fut donc créé un instrument comprenant douze tubes sonores, le Lu qui correspondit à l’élément Bois.

A l’opposé, le son correspondant au Métal fut obtenu grâce à une cloche de bronze accordée, le Jin Zhong.

Le son correspondant au Feu fut produit par une corde de soie tendue, le Kin Zhong.

Le son correspondant à l’Eau fut produit par un tambour tendu de peau, le Zhou Zhong.

Enfin, le son de la Terre fut produit par une calebasse d’argile dans laquelle on soufflait et qui produisait un son profond et grave, le Xuan Zhong.

Ces cinq instruments fondamentaux avaient pour but, non seulement de produire de la musique, mais également d’utiliser les vibrations, donc l’énergie, dans un but thérapeutique.

Chacune de ces catégories de sons, correspondant avec les Cinq Mouvements, peut être mise en relation saisonnière avec les Cinq Organes à savoir :

  le Foie, lié au Bois et au printemps (vue et muscles)

  le Cœur, lié au Feu et à l’été (toucher et circulation)

  la Rate, liée à la Terre et aux saisons intermédiaires (goût, équilibre et nutrition)

  les Poumons, liés au Métal et à l’automne (olfaction et respiration)

  et les Reins, liés à l’Eau et à l’hiver (os, articulations et audition).

Par la suite, toujours suivant cette tradition, il fut créé huit instruments correspondant aux huit orients et aux huit trigrammes :

  au Nord correspondit le son de la peau (Tambours accordés),

  au Nord-Est le son de la calebasse munie de tuyaux sonores,

  à l’Est le son du tube de bambou,

  au Sud-Est le son du bois caractérisé par un boisseau,

  au Sud le son de la soie correspondant à un instrument à corde,

  au Sud-Ouest le son de la terre caractérisé par une calebasse d’argile,

  à l’Ouest le son du métal caractérisé par des cloches de bronze accordées,

  et enfin, au Nord-Ouest, le son de la pierre caractérisé par un carillon de pierres musicales.

Ces Huit Instruments formèrent ce qui est considéré comme la base de l’orchestre classique chinois.les cinq mouvements musicotherapie chinoise classiqueLe Liji (Li Ki) Livre du Rituel ou Mémoire sur les bienséances et les cérémonies, l’un des plus grands classiques de la Chine, donne quelques indications sur cet orchestre et sur le pouvoir des sons :

« Les sons clairs et distincts représentent le Ciel Yang, les sons forts et puissants la Terre Yin, le commencement et la fin des morceaux représentent les saisons, les évolutions représentent le vent et la pluie.

Les Cinq Sons principaux de la gamme imitent les Cinq Mouvements et représentent les Cinq Couleurs qui composent un tout élégant sans jamais se confondre.

Les huit sortes d’instruments imitent les vents des huit directions principales qui correspondent également aux douze tubes musicaux et ne s’en écartent jamais.

La mesure et la cadence sont constamment sous la garde de l’Esprit.

Les sons aigus et graves se complètent les uns les autres.

Les sons clairs et les sons voilés s’accompagnent mutuellement et tour à tour commencent et dominent le chant.

Lorsque la musique est florissante, les devoirs attachés aux cinq relations sociales sont bien remplis.

Les yeux et les oreilles perçoivent clairement.

Le sang et les esprits vitaux sont en équilibre, les exemples des grands deviennent meilleurs, les mœurs sont réformés et la tranquillité règne partout sous le Ciel.

C’est pourquoi l’on dit que la musique, c’est la joie. »

Bien qu’il ne s’agisse pas d’un texte médical, loin s’en faut, on constate que la musique permet d’équilibrer « le sang et les esprits vitaux ».

En quelque sorte la musique-énergie (Qi) équilibre le principe essentiel (Jing) avec le principe spirituel (Shen).

Ce principe d’équilibre entre le corps (Xing), l’énergie vitale (Qi), le principe essentiel (Jing) et l’esprit (Shen) est, pour les Taoïstes la clé de la santé, de la vitalité, de la longévité.

Ceci est parfaitement exprimé dans le Livre du Rituel qui est de tendance confucianiste, laissant entendre l’importance exceptionnelle de la musique, et donc des sons, tant sur le métabolisme que sur le psychisme.

Dans la conception millénaire chinoise, la musique adoucit les mœurs, satisfait l’esprit, et guérit le corps.

Il demeure certainement d’importantes recherches à effectuer dans ce domaine.

Depuis quelques années, nous en savons un peu plus sur la musique chinoise archaïque grâce à la découverte d’instruments, particulièrement l’une d’elles effectuée en 1978 dans la tombe du marquis de Yi de Zheng mort à la fin du cinquième siècle avant J.C.

Cela a permis la découverte d’un carillon constitué de 64 cloches d’airain dont la plus grande pèse près de cinquante kilos.

L’état de ce carillon était tel qu’il est actuellement utilisé pour des concerts à travers le monde.

 Georges Charles 

Poster un Commentaire

11 Commentaires sur "La musicothérapie dans la tradition chinoise"

Me notifier des
avatar
Trier par:   plus récents | plus anciens | plus de votes
isabelle boutigny
Invité
isabelle boutigny

Ho. Merci
Avez-vous un air à me communiquer pour apaiser une personne très âgé qui perd le contrôlede ses émotions et s emporte verbalement. ?

marcelle chauviere
Invité
marcelle chauviere

chanter des om et cette personne doit prier à sa façon

robert romanelli
Invité

S il est avéré que certaines musiques ont des effets positifs sur le moral, le bien etre voir également sur la santé comme definie parl l OMS il ne faut se leurrer qu’elle peut constituer volontairement une arme de destruction de la personne humaine . Il n’y a qu’assister à certains concerts subventionnés génereusement.

Le Manach Boudica
Invité
Le Manach Boudica

Un grand merci à Georges Charles pour cet article j’ai eu ces informations mais le document a disparu dans un bug informatique. C’est bon de s’en ré imprégner!!

mari
Invité

merci😀

J.P
Invité

Merci

Nicole
Invité

Merci beaucoup Jean baptiste.

Brigitte
Invité

Merci, c’est vrai que la musique nous fait vibrer.

christiane
Invité

Très intéressant.
Merci beaucoup

Antonio
Invité

Merci

MJ
Invité

MERCISSS POUR VOS ARTICLES

wpDiscuz