La médecine traditionnelle européenne

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phytotherapie, medecine traditionnelle

A l’heure où les Occidentaux se tournent de plus en plus vers les médecines chinoise, tibétaine ou ayurvédique, rappelons-nous tout de même qu’il existe une tradition médicale européenne se référant à Hippocrate et appliquant le raisonnement analogique à la phytothérapie.

Ce raisonnement analogique n’a toutefois rien à voir avec un symbolisme imprécis, mais constitue une possibilité de hiérarchisation du diagnostic qui, dès lors, laissera de côté toute une foule de détails sans intérêt, et ne retiendra que ce qui est important.

A partir de cette méthode, la phytothérapie retrouve ses racines millénaires et n’a pas à rougir d’une confrontation avec le monde scientifique.

Le mode d’emploi de la phytothérapie grecque de l’antiquité, conservée un temps par les Arabes puis partiellement transmise à l’Occident médiéval, s’est totalement perdu aujourd’hui.

Pourtant, l’immense réputation de médecins comme Hippocrate et Galien n’était pas usurpée, même s’ils ne disposaient pas encore de nos connaissances modernes en matière d’anatomie, de physiologie et de biologie.

On imagine donc aisément l’efficacité d’une médecine qui allierait l’antique science de l’analogie à nos connaissances actuelles ; une médecine qui réhabiliterait des notions comme celles des éléments, des énergies ou des humeurs, pour s’attacher à rechercher l’origine interne des maladies et à traiter le terrain.

Or, une telle médecine humorale existe !

 

Les véritables causes des maladies

Selon la Médecine Traditionnelle Européenne, l’infinité des symptômes existants provient simplement du déséquilibre des quatre humeurs à un moment donné.

Or, en dehors, bien sûr, des accidents traumatiques, ces déséquilibres sont essentiellement dus à trois causes :

   l’insuffisance digestive,

  → les toxines,

  → les carences alimentaires.

Ce à quoi il faut ajouter deux facteurs déclenchant :

  → les variations climatiques,

   la fatigue ou le stress.

Ainsi qu’un facteur favorisant :

  → la constitution (ou état physique héréditaire).

A partir de cette base, il suffira d’utiliser les plantes et la diététique en fonction de leurs effets sur les quatre humeurs.

 

Eléments, énergies et humeurs

Le terme « d’humeurs » ne doit pas être pris au sens littéral.

Il ne désigne pas des substances, mais des notions ; et ses meilleures traductions seraient sans doute « composantes du terrain », ou encore « fonctions ».

Mais, pour mieux comprendre cette notion « d’humeur », sans doute faut-il la relier à celles « d’élément » et « d’énergie ».

Les analogies, en médecine traditionnelle, reposent en effet sur trois référentiels quaternaires :

 

  Les quatre éléments

Ces 4 éléments sont l’Air, le Feu, l’Eau et la Terre, qui définissent les structures :

   gazeuses : air et gaz

   caloriques : température du corps

  → liquides : sécrétions fluides, substances lubrifiantes, plasma sanguin, cytoplasme cellulaire

  → solides : os, cartilages, muscles, tendons, peau, poils, cheveux, ongles, tissus organiques…

 

  Les quatre énergies

Elles se décomposent, en fait, en deux paires : chaud/froid et sec/humide.

Et elles se présentent, en dehors de la température et du degré d’humidité corporels, de la manière suivante :

   Chaud : expansion, dynamisme, écoulement, dilatation, enthousiasme, extraversion, persuasion

   Froid : fixité, contraction, cohésion, solidification, scepticisme, repli sur soi

   Sec : dureté, rigidité, irritation, aridité, tension, réaction, opposition

   Humidité : fluidité, élasticité, adoucissement, rétention, passivité, assimilation

 

  Les quatre humeurs

Elles représentent les quatre éléments inanimés par autant de fonctions animées ; ces fonctions conservant leurs noms anciens malgré une absence totale de concordance sémantique avec la médecine moderne.

Ainsi :

   Le vent permet la contraction des muscles, et par conséquent : les mouvements, l’élimination des déchets, la circulation sanguine

   Le sang permet de dissoudre les substances : depuis les intestins jusqu’aux tissus, ou des tissus aux reins ou à la peau

   Le flegme permet de fixer : les substances nutritives pour former les tissus, et les toxines pour les stocker

   La bile permet de fragmenter et de transformer les substances ingérées en substances assimilables ou éliminables.

Eléments, énergies et humeurs ne doivent toutefois pas être conçus séparément.

Ils constituent évidemment un tout, capable de circonscrire l’ensemble de la physiologie, de la pathologie et de la thérapeutique, tout au moins à partir du moment où ces trois référentiels concordent logiquement entre eux.

 

Un jeu de concordances analogiques

Les éléments sont toujours classés du plus grossier au plus subtil.

La terre vient donc en premier et contient tous les autres éléments, c’est à dire de l’eau, du feu et de l’air.

Ensuite vient l’eau, qui contient du feu et de l’air.

Puis le feu, contenant de l’air.

Et enfin l’air ne contenant que lui-même.

Pour cette raison, l’air et le feu peuvent être considérés comme parfaitement secs, ne contenant ni eau ni terre. Inversement, ces deux derniers éléments seront humides.

Dans le même type de raisonnement, on dira qu’un courant d’air refroidit, donc que l’air est froid ou, plus exactement, sec et froid.

La fixité étant également une qualité du froid, la terre sera froide, notamment par rapport à l’eau, qui s’écoule et se classe par conséquent dans les éléments chauds, ainsi que le feu.

L’humeur « sang », quant à elle, étant liquide, correspond à l’eau. Le flegme, plus visqueux, correspondra plutôt à la terre ; le vent à l’air ; et la bile au feu.

Enfin, la médecine Traditionnelle récapitule ces concordances sous forme d’une croix :

humeurs en phytotherapie traditionnelle europeenne

Quelques exemples d’applications pratiques

Grâce à cette classification, il devient extrêmement facile de caractériser les maladies aussi bien que les constitutions, et de connaître l’effet exact des plantes et des aliments.

Prenons comme exemple une maladie typique d’excès de flegme au niveau pulmonaire : la bronchite.

Une personne grasse et frileuse, donc de constitution flegme, aura tendance à faire des maladies de type flegme.

Dans le même ordre d’idées, l’hiver ou le brouillard, et en général tout climat froid et humide, peuvent déclencher des maladies flegme, surtout chez les constitutions flegme.

Le yaourt, de nature froide et humide, est aussi un aliment flegme. Sa consommation est donc à déconseiller en cas de bronchite ; particulièrement, on s’en doute, chez les personnes grasses, et pendant l’hiver.

Chaque aliment, chaque plante se rattache ainsi à une humeur, une énergie, un élément.

C’est la raison pour laquelle il n’est pas indiqué de prescrire un régime ou un médicament de façon strictement symptomatique.

La nervosité, par exemple, est souvent traitée à l’aide de la passiflore.

Cela peut calmer, en effet, mais cette plante étant flegme, elle risque d’aggraver fortement les malades à constitution flegme, notamment ceux à tendance dépressive (affection flegme) qui sombreront alors dans une dépression plus profonde encore.

On préférera plutôt, dans ce cas, prescrire de la valériane, également réputée calmante mais qui, grâce à sa nature chaude et sèche, équilibrera le froid et l’humidité de la constitution et des maladies flegme.

Par contre, cette même valériane excitera et provoquera des insomnies chez les malades à constitution bile.

On constatera, grâce à ces exemples, que, de la même manière qu’on arrose le jardin en période de sécheresse, le médecin traditionaliste porte remède aux maladies en augmentant l’humeur affaiblie ou en diminuant celle en excès.

 

Ce qui cause les maladies

L’individu en bonne santé jouit d’un terrain où s’équilibrent parfaitement les quatre humeurs.

Inversement, la maladie correspond à la prédominance ou à la faiblesse d’une humeur par rapport aux autres.

En fait, la variation des humeurs est toujours relative, dans le sens où l’excès de l’une entraîne l’insuffisance des autres, surtout de celle qui lui est opposée.

Cependant, certaines humeurs se rendent statistiquement plus souvent que d’autres responsables des maladies.

C’est le cas du Vent qui produit des troubles à la moindre augmentation, et suscite la plupart des maladies graves quand l’élément air est vraiment en excès.

Par contre, l’excès d’eau, sauf lorsqu’il s’accompagne de toxines, est rarement cause de maladies.

Evidemment, avec la pollution et l’alimentation industrielle, les toxines constituent, de nos jours, un facteur essentiel de maladies, alors que les changements de climat, grâce au confort moderne, sont ressentis bien moins cruellement que par le passé.

 

Antipathie, homéopathie et allopathie

Nous l’avons vu, l’excès d’une humeur entraîne l’insuffisance des autres.

Alors, bien sûr, le processus inverse, c’est à dire le processus thérapeutique, se fondera sur la consommation de plantes pourvues des qualités opposées à l’humeur en excès, ou plus exactement de tout remède naturel entraînant une réaction de rejet provoquée par l’augmentation de l’humeur insuffisante.

Cette méthode, issue de la formule hippocratique « les douleurs sont guéries par les contraires », est appelée « antipathique », c’est à dire s’opposant à la maladie.

D’autres pratiques existent, telles l’homéopathie ou l’allopathie naturelle mais, pour les médecins traditionalistes, n’importe laquelle de ces techniques revient toujours à augmenter une (ou plusieurs) humeur(s).

Prenons l’exemple typique du « coup de froid », en hiver, qui augmente l’humeur correspondante au froid et à l’humidité : le flegme.

Si, de plus, l’humeur bile (opposée au flegme) est affaiblie, le coup de froid en question provoquera une maladie flegme, comme le rhume ou la bronchite.

Cette maladie augmentant encore le flegme, l’humeur bile s’en trouvera d’autant diminuée.

C’est alors que, normalement, l’organisme doit réagir en augmentant l’humeur bile, par trop affaiblie.

Cette dernière humeur étant liée à la chaleur, la réaction organique se manifestera, en l’occurrence, par une bonne fièvre qui non seulement luttera directement contre le froid, mais également contre la pullulation microbienne.

Un traitement adéquat consistera donc, ici, non point à lutter contre la fièvre amie, mais au contraire, en apportant à l’organisme le concours de médicaments allant dans le même sens que cette fièvre.

Pour ce faire on stimulera par exemple l’humeur bile grâce à « Aconitum Napellus » en dilution homéopathique.

Une telle thérapeutique, on le comprend, ne se contente pas de soigner le rhume, mais parvient, dans le même temps, à rééquilibrer le terrain.

 

L’analogie permet de traiter en profondeur

La médecine Traditionnelle s’attache donc, avec les moyens naturels les plus modernes, à traiter les maladies en profondeur, par le biais du raisonnement analogique.

Ces moyens vont de la diététique à la phytothérapie, en passant par l’homéopathie, et en s’enrichissant même, dans les cas de maladies d’origine traumatique, de traitement manuels tels que la myothérapie.

Son indéniable supériorité sur tous les systèmes symptomatiques se situe :

   dans la recherche des causes des déséquilibres des humeurs,

   dans la distinction entre les réactions organiques naturelles et les autres symptômes,

   dans une classification des plantes médicinales selon leur action sur le terrain.

Mais sans doute pouvons-nous conclure en soulignant la parfaite conformité de la médecine Traditionnelle Européenne à un point de doctrine hippocratique sur lequel nous n’avons pas tellement insisté, alors qu’il fut le tout premier énoncé par le grand médecin ; et ce point, si souvent bafoué par les médecins modernes, c’est bien sûr : « avant tout ne pas nuire » !

 

Quelques statistiques

C’est bien joli, tout ça, vous direz-vous peut-être… mais est-ce que ça marche ?

Eh bien voici, en pourcentages, les résultats obtenus par la phytothérapie raisonnée basée sur le raisonnement analogique, dans des cas où elle semble apporter un avantage par rapport aux autres traitements existants :

Asthme : sur 22 cas – traitement : 2 semaines à 3 mois –

Guérison : 73% – Amélioration : 27% – Echec : 0%

Eczéma : sur 21 cas – traitement : 2 à 5 mois –

Guérison : 57% – Amélioration : 38% – Echec : 5%

Rhume des foins : sur 20 cas – traitement : 2 semaines à 2 mois

Guérison : 65% – Amélioration : 30% – Echec : 5%

Rhino-pharyngites : sur 27 cas – traitement : 3 jours à 6 mois

Guérison : 70% – Amélioration : 22% – Echec : 8%

Constipation : sur 30 cas – traitement : 6 semaines à 6 mois

Guérison : 60% – Amélioration : 33% – Echec : 7%

Colite : sur 65 cas – traitement : 3 semaines à 6 mois

Guérison : 61% – Amélioration : 34% – Echec : 5%

Insomnie : sur 20 cas – traitement : 15 jours à 3 mois

Guérison : 65% – Amélioration : 30% – Echec : 5%

Gastrite : sur 10 cas – traitement : 2 semaines à 3 mois

Guérison : 60% – Amélioration : 40% – Echec : 0%

Hypertension artérielle : sur 15 cas – traitement : 1 à 6 mois

Guérison : 66% – Amélioration : 27% – Echec : 7%

 Jean-Baptiste Loin 

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