La sève de bouleau, brute et artisanale

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Basé sur un terrain de trois hectares et demi de forêt et prairies situé en zone naturelle protégée, Quentin Crusson a opté pour une voie pas tout à fait comme les autres.

À des années-lumière d’un profil agricole, après avoir été compagnon chaudronnier-soudeur, la passion des plantes l’emporte pour l’entrainer vers une nouvelle vie : l’Âge de la perma.

Aujourd’hui je vous propose d’une part un regard neuf sur une activité encore méconnue, d’autre part, à la fin de l’interview, la primeur d’une récolte de sève de bouleau fraîche, bio et sans conservateur, ainsi qu’un rappel de ses nombreuses vertus dépuratives et curatives.

Jean-Baptiste Loin :

Comment vous est venue l’initiative peu commune de devenir récoltant de sève de bouleau ?

Quentin Crusson :

La permaculture, les plantes, un système autonome, m’ont toujours enthousiasmé.

Et a contrario les cultures intensives m’ont toujours énervé.

Comme je pense qu’avant de conseiller les autres et donner son avis, il faut faire les choses par soi-même et montrer l’exemple, je voulais avoir des animaux, des moutons, des chèvres, un bassin, etc.

J’ai eu envie de restituer à la nature un petit lieu équilibré accompagnant une volonté d’autonomie à long terme.

J’ai donc pris le temps de comprendre et d’entreprendre avec le principe de la permaculture, depuis le début.

Aujourd’hui ça fait quatre ans que j’y travaille avec des amis, on a préparé les buttes, creusé un étang…

Mais ça prend énormément de temps, tous les hivers je récolte glands, châtaignes, noisettes, et je les ressème partout afin de faire pousser les arbres pionniers, plutôt que d’acheter des arbres en pépinière.

Avec l’intention d’y faire reverdir la foret, une zone de verger, ainsi qu’un pâturage pour les moutons et les chèvres.

Seulement après l’acquisition de ce terrain, j’ai réalisé qu’il y avait plein de petites dépenses qui s’accumulaient.

Au milieu de la foret les sangliers font beaucoup de dégâts, il a donc fallu clôturer, aménager des espaces pour protéger les espèces végétales…

J’ai alors cherché le moyen de permettre au terrain lui-même de s’auto-suffire économiquement.

Mon but étant vraiment de pouvoir mettre toute mon énergie sur la production de sève de bouleau.

Dans mon métier de soudeur, il m’est arrivé de travailler pour de grosses compagnies industrielles, ce qui ne correspond pas du tout à mes idéaux.

Depuis que j’ai ouvert les yeux, travailler pour ces gens-là ne me va pas.

Si un jour je pouvais vivre complètement de ma récolte de bouleau, j’en serai pleinement satisfait.

Mais on en est encore loin, je sais que ça prendra du temps.

Il y a de grands défis sur le terrain.

J.B.L.

Pratiquement, comment se passe une récolte de sève de bouleau et quelle est votre expérience dans ce domaine ?

Q.C.

Ça fait 4 ans que je récolte la sève de bouleau d’une centaine d’arbres sur 5000 m2.

À l’origine, je pense que ce devait être une forêt de chênes qui ont été abattus, longtemps avant que je m’y installe.

Or, il faut savoir que le bouleau est un arbre pionnier, ce qui signifie qu’il occupe naturellement les espaces libres après que d’autres arbres aient été coupés, rééquilibrant l’espace.

Et la magie a donc opéré pour permettre à une forêt de bouleaux naturelle d’apparaître.

Aucun des bouleaux n’a été planté, les arbres y sont très serrés, et aucun n’est aligné avec les autres.

En plus les arbres sur lesquels je récolte la sève n’ont jamais été percés.

J.B.L.

Votre terrain, et donc votre culture de bouleau, sont-ils bio ?

Q.C.

Oui tout à fait, les terres sont bio et validées par Ecocert chaque année.

J.B.L.

Est-ce que percer les bouleau pour en récolter la sève nuit à l’arbre selon vous ?

Q.C.

A priori, percer les bouleaux régulièrement n’a pas l’air de leur poser de problème, concernant les miens je pourrais même dire qu’ils se portent à merveille, certains sont énormes.

Mais pour cela il faut savoir que je ne perce que la première écorce, sur environ 2cm, et dès que j’arrive au bois blanc, je m’arrête.

Il ne faut prendre que les premiers cernes, pas plus.

Ensuite il est important de bien savoir bien refermer les plaies, pour ma part j’utilise des chevilles en hêtre avec du mastic bio.

Le bouleau cicatrise très rapidement, il lui arrive même d’expulser les chevilles spontanément, elles ressortent comme ça, au bout de huit jours.

Et, si on laisse le tuyau récoltant la sève trop longtemps, l’arbre finit par l’écraser en cicatrisant.

C’est incroyable de constater la force d’un arbre.

J.B.L

Consommez-vous votre propre sève de bouleau ?

Q.C.

J’en consomme énormément.

J’utilise de petits bidons pour récolter tous les matins à la fraicheur de l’aube, et j’effectue un contrôle qualité systématique au pied de chaque arbre.

Il est important de récolter le matin pour que la sève ne prenne pas trop les rayons du soleil.

En fonction d’où se situe le bouleau, de sa taille, et d’autres facteurs, les quantités récoltées peuvent varier du tout au tout.

Parfois, elle est jaunâtre, ou malodorante, ou présente des impuretés, etc.

Du coup je goûte tous les bidons, et si ça ne me plait pas, je jette tout de suite au pied de l’arbre.

Je ne m’amuse pas à faire passer une sève de moins bonne qualité au milieu du reste.

Ce qui m’incite à penser, sans certitude, que les bouleaux n’ont pas de cycle journalier, il doivent être calés sur deux ou trois jours.

J.B.L

Comment se passe le conditionnement d’une récolte artisanale, et quelle est sa différence avec une récolte industrielle ?

Q.C.

En arrivant chez moi je vide les petits bidons récupérés aux pieds des arbres dans une cuve de 200 litres, et je laisse reposer une heure en secouant de temps en temps pour bien désoxygéner le liquide.

Puis je mets la sève directement en BIB.

Point.

Mais je crois que tous les récoltants de sève de bouleau n’emploient pas les mêmes précautions, en général les gros n’ont pas ce genre de préoccupations.

C’est tant mieux, ça fait la différence !

J.B.L

Justement, comment faire la différence entre une sève artisanale fraîche et une sève industrialisée ?

Q.C.

La majorité des récoltants proposent de la sève récoltée manuellement, non pasteurisée, non filtrée et vendue fraiche.

Mais les gens ont peut-être du mal à s’y retrouver, parce qu’à la fin du printemps, dans les magasins on voit de la sève de bouleau hors frigo, en promo.

Le problème avec certains récoltants, souvent les gros, c’est qu’ils vendent à qui mieux mieux, mais ne font pas attention à la manière dont les commerçants la stockent et la conservent.

La plupart des consommateurs de sève de bouleau ont pris l’habitude, sans même le savoir, de boire de la sève de bouleau fermentée, puisqu’en quelques jours hors du frigo, le processus de fermentation commence.

Certaines sont juste imbuvables, parce que récoltées depuis un mois et conservées hors frigo.

Par contre, j’ai beaucoup de retours de gens ayant testé ma sève qui me disent qu’elle n’a pas de goût.

Et oui, elle a été récoltée hier, elle est fraiche, donc elle a un goût neutre !

Le goût évoluera au fur et à mesure de la cure.

C’est seulement au bout de plusieurs jours, voire semaines, qu’elle aura le goût caractéristique de la sève fermentée dont ils avaient l’habitude.

Je suis très fier d’être un des seuls en France, et certainement le seul dans le Maine et Loire, à expédier une sève de bouleau récoltée la veille.

J.B.L.

Quelle est la différence entre une sève fraiche et une sève fermentée ?

Q.C.

Les vitamines et acides aminés sont moins présents dans la sève fermentée, pour la simple et bonne raison que les bactéries s’en nourrissent pour proliférer.

Mais il faut quand même préciser que ce sont de bonnes bactéries, elles sont naturellement probiotiques et donc bénéfiques à la flore intestinale.

Personnellement, je ne consomme pas de sève fermentée étant donné que les bactéries sont déjà présentes dans la sève fraiche, même si c’est en plus petite quantité, cela me semble largement satisfaisant.

Cette teneur naturelle est celle qui convient au bouleau, donc une fermentation artificielle ne me semble pas nécessaire.

Et pour revenir sur la fermentation, il faut savoir que certains rajoutent du jus d’argousier, de la gemmothérapie ou des conservateurs pour stabiliser la sève, améliorer le goût et pouvoir la vendre plusieurs mois après.

Je connais toutes les astuces permettant d’allonger la durée de vie de la sève de bouleau, même une fois fermentée, jusqu’au mois d’octobre voire toute l’année.

Mais je trouve que ces méthodes ne sont pas respectueuses du consommateur.

Ma sève est totalement brute, sans aucun ajout et je m’assure qu’elle est toujours vendue telle quelle.

C’est aussi pour ça que je la vends pendant peu de temps, un à deux mois environ.

Dès que je constate que la qualité décroit, j’arrête de récolter.

Avec les petits magasins que je fournis autour de chez moi par exemple, nous essayons de travailler en pré-commande, de manière à ce que la récolte du matin soit livrée l’après-midi même au consommateur.

Tandis que beaucoup de gros récoltants la stockent dans d’énormes cuves pendant plusieurs jours, puis mettent tout en BIB d’un seul coup, avant de faire transiter des palettes entières par camions, qui vont à nouveau être stockées avant d’être vendues.

La qualité de ma sève est donc toujours largement supérieure à la plupart, parce que je ne l’expédie que lorsqu’elle est fraiche.

Ensuite, il y a des consommateurs qui ont une approche un peu différente.

J’expliquai par exemple à une dame qui m’achetait deux BIB de 5 litres, pour elle seule, que c’est inutile.

Ce à quoi elle m’a répondu qu’elle en garderait un pour faire une cure en automne !

Elle la conservait jusqu’au mois de septembre dans le bas de son frigo et la consommait lactofermentée en automne, saturée en bactéries probiotiques.

Légèrement opaque, blanchâtre, très forte en goût.

Je me suis donc contenté de lui conseiller d’ajouter du jus de citron, qui coupe complètement le goût de la fermentation.

D’ailleurs, certains vendent leur sève additionnée de jus de citron.

Quant à ceux qui mettent du jus d’argousier, ils le font parce qu’à mon avis ils ont trop de stock.

Ils laissent la sève fermenter en cuve pendant 6 mois, puis ajoutent le jus d’argousier, mettent en BIB et distribuent.

Mais il existe aussi de petits récoltants qui font très bien leur travail, et je ne veux pas dire du mal de ceux qui mettent du jus d’argousier.

Peut-être que certains l’ajoutent à une sève fraiche, et cela ne poserait pas de problème.

Simplement, pour moi, la sève de bouleau se consomme fraiche, pure, et seulement à un certain moment de l’année.

J.B.L

Comment se fait-il que certains choisissent de conditionner leur récolte en bouteilles ?

Q.C.

Si elle est vendue en bouteille de verre, cela veut dire qu’elle ne peut pas fermenter, sinon la bouteille éclaterait.

Ce qui veut aussi dire qu’elle est soit stérilisée, soit filtrée au micron, pour éviter qu’il y ait trop de bactéries et qu’elle fermente.

Celles qui sont stérilisées et vendues en bouteille de verre, sont aussi claires que de l’eau.

Ce qui signifie aussi clairement que la sève est morte.

Mais c’est très tendance et il semble que le goût plaise aux consommateurs.

Les analyses coutant extrêmement cher, il est difficile de savoir ce qu’il reste dans la sève après stérilisation ou autre manipulation.

Il n’y a que les grosses marques qui peuvent se le permettre, mais elles ne le font pas, ça jouerait sûrement en leur défaveur.

En ce qui me concerne, ma sève de bouleau est brute, 100% pure et fraiche, et j’en suis très fier.

Et au bout de 2 mois de récolte, je reverse le surplus au pied des arbres pour qu’elle retourne d’où elle vient.

J.B.L.

Quentin merci pour cet éclairage fort intéressant sur la sève de bouleau et sa récolte.

Q.C.

Merci Jean-Baptiste, c’est un plaisir de partager ma passion.

****

Quelques points clés de la sève de bouleau…

Quelle est la différence entre une sève brute et une sève élaborée ?

La sève brute est la sève montante, absorbée au niveau des racines par les poils absorbants des bouleaux. C’est elle qui circule principalement dans les vaisseaux du bois et c’est elle que l’on cherchera prioritairement à récolter pour ses bienfaits.

La sève élaborée, pour sa part, est la sève descendante, circulant principalement dans le phloème, le tissu conducteur situé juste sous l’écorce.

Quels sont les nutriments contenus dans la sève de bouleau de Quentin ?

• potassium
• calcium
• phosphore
• sodium
• magnésium
• silicium
• zinc
• fer
• cuivre
• soufre
• manganèse
• acides de fruits (malique, succinique, phosphorique et citrique)
• acides aminés dont les 8 essentiels
• vitamines A, E, D3, C, B1, B2, B3, B6, B8, B12.

Au cas où vous n’auriez pas encore lu mon article sur les vertus de la sève de bouleau, en voici un petit extrait.

La cure de sève de bouleau, en plus d’être probiotique, favorise :

• l’élimination des déchets organiques
• une bonne défense rénale, mettant à l’abri des calculs
• une reminéralisation profonde, protégeant les os et les articulations grâce à la présence de silicium organique, de calcium et de phosphore
• les processus de prévention naturels contre l’ostéoporose
• la protection du système circulatoire et du cœur avec une importante présence de potassium
• le nettoyage de la peau et des émonctoires
• une bonne défense anti-radicalaire grâce à la présence de vitamine C
• le rééquilibrage de l’humeur par sa teneur en magnésium, lithium et oligo-éléments
• mais aussi et surtout, une amélioration des troubles de la vessie, de la vésicule biliaire, et de la plupart des affections rhumatismales.

Attention toutefois si vous êtes allergique aux salicylés du type aspirine.

Si vous ne connaissez pas votre terrain allergique, comme avec tout nouveau produit, prenez la précaution élémentaire de le goûter à dose homéopathique afin d’anticiper une éventuelle réaction de l’organisme.

Les conditions d’une cure réussie :

Pour profiter au mieux de la cure de sève de bouleau, il sera judicieux d’arrêter toute forme d’alimentation purinique comme, par exemple :

• la viande,
• les fromages et produits laitiers,
• les pâtisseries et sucreries,
• le tabac,
• les sodas et boissons alcoolisées…

Inutile d’encrasser l’organisme pendant que vous le drainez.

En outre, les oligo-éléments étant absorbés de préférence en mode perlingual, la sève fraîche gagnerait grandement à être gardée sous la langue un bon moment avant ingestion.

Une cure varie de 3 à 5 litres de sève, que l’on consomme en trois semaines à raison de 12 à 25 centilitres par jour, le matin à jeun.

Ce sera également une bonne occasion pour :

• ne plus sucrer son thé,
• boire moins de café,
• et diminuer sa consommation de sel.

Si vous ne suivez pas ces conseils ou que votre alimentation est excessivement carnée, même si cette cure vous fera le plus grand bien, attendez-vous à une réaction détox plus ou moins importante, comprenant généralement :

• des selles nauséabondes,
• des urines surchargées,
• et une transpiration excessive…

Bien à vous,

Jean-Baptiste Loin

La sève de Quentin est brute, fraiche, et extraite avec passion au bon moment, que vous dire de plus que vous inviter à la goûter ?

« Une question de jour » selon Quentin !

Sève de bouleau bio brute fraiche et naturelle

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Madeleine
Madeleine
7 mois il y a

J’ai trouvé cet article très intéressant et j’aime l’approche basée sur la permaculturedes sols car beaucoup de nos sols sont très apauvris
De plus Que tin Crusson a une approche très respectueuse des arbres, et de récolte de la seve.
Il m’inspire confiance

khira
khira
7 mois il y a

bravo
merci pour vos article
bien a vous