La philosophie de l’Ayurveda

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La philosophie de l'ayurveda

En plus d’être une ancienne technique médicale naturelle, l’Ayurveda est une discipline globale, préventive et curative, issue de l’une des traditions spirituelles les plus profondes et les plus complètes de l’histoire de l’humanité.

L’Ayurveda est, bien sûr, un art médical, mais qui s’applique avant tout à nous aider à comprendre notre être intérieur et sa fonction au sein de l’univers.

Cette vision spirituelle approfondie de la médecine se retrouve dans toutes les méthodes anciennes provenant de l’Inde, que ce soit le Yoga, l’astrologie, l’architecture et autres…

Ainsi, en tant que concept d’intégralité somatique et psycho-spirituelle, l’Ayurveda a traditionnellement pour but de se concentrer sur des soins médicaux aboutissant à l’ouverture propice à la transcendance et la réalisation du Soi.

Plus simplement, l’Ayurveda rappelle que si nous ne prenons pas soin de notre corps, il y a de fortes chances de tomber malade un jour ou l’autre.

Or, dans des arts de vie comme le Yoga par exemple, les maladies sont considérées comme un obstacle à dépasser.

Pratiquer le yoga ou la méditation avec une rage de dents est évidemment possible, mais cela nécessite un effort supplémentaire pour se concentrer et atteindre le cœur de la pratique.

Qui plus est, les déséquilibres somatiques entraînent couramment des troubles mentaux, et inversement.

Par conséquent, cultiver un corps sain et entraîner son mental à discerner le réel de l’illusion vont de pair, ces deux recherches étant idéalement propulsées par la volonté de parvenir à la réalisation de Soi.

Les Gunas et les Doshas

Pour comprendre l’Ayurveda, il est primordial de comprendre l’Hindouisme, ou plus exactement les Vedas, ces textes fondateurs partant du principe que c’est de l’Esprit, Purusha, que naît l’univers objectif, Prakriti, fonctionnant grâce à trois qualités, les Gunas :

  tamas, l’obscurité, l’inertie

  rajas, l’activité, la passion

  et sattva, la pureté, la clarté.

Dans ce système de pensée, on considère que lorsque l’énergie se manifeste dans les formes, l’une de ces trois Gunas prévaut toujours sur les deux autres, de telle sorte qu’il devient possible d’attribuer une qualité à chaque chose et à chaque être, y compris aux différents moments de leur évolution dans le temps.

Les hommes n’échappent pas à cette classification, et leurs différents caractères psycho-spirituels relèvent également de ces Gunas.

   Sattva, attribut de la pureté, correspond à des individus qui croient en la pureté de l’être, de la pensée et de l’action.

Dans le système des castes, ce sont les Brahmanes, les prêtres.

Le sattva agit principalement au niveau abstrait.

L’eau est « sattva » pur.

Le végétarisme est « sattvique », car il refuse de tuer des animaux pour manger.

Les aliments « sattviques » sont les plus purs et maintiennent l’individu dans la plus grande sérénité possible et dans la clarté mentale.

   Rajas, la qualité de l’action, correspond à l’obscurité morale, émotionnelle ou mentale qui permet de faire l’expérience de la vie et de la naissance, mais qui entretient aussi l’incapacité des êtres humains de voir les réponses qui sont en eux, ce qui les pousse à chercher satisfaction dans le monde matériel, illusoire.

Dans le système des castes, ce sont les guerriers.

Rajas oscille entre l’abstrait et le pratique.

Les aliments « rajiques » stimulent le corps et agitent le mental.

   Tamas, attribut de l’obscurité, de l’ignorance, correspond à des personnes ayant une attitude mentale accentuant la sensualité.

Elles manquent de savoir ou d’acuité spirituelle, préférant jouir d’une vie matérialiste, focalisée sur les désirs sensuels.

Au plan des castes, ce sont les artisans et commerçants.

Tamas agit au niveau pratique.

Les aliments « tamasiques » alourdissent et installent un état d’inertie favorable aux émotions négatives.

Mais le système indien propose aussi des adaptations en fonction des qualités physiques individuelles.

Ainsi, il existe des équivalents corporels aux Gunas, que l’on appelle les Doshas : vata, pitta et kasha.

Ces trois Doshas constituent en quelque sorte les trois forces en interaction dans le corps humain, de l’équilibre desquelles dépend la santé.

  Vata est le mouvement, le rythme métabolique.

Il gouverne les mouvements du corps, la respiration, l’élimination, le mouvement des muscles et des tissus, le rythme du cœur, les échanges intercellulaires, le système sympathique, la parole, et la pensée.

La perception, l’inspiration, la communication et l’exercice sont vata.

Lié aux éléments Air et Espace, il a son centre au niveau des intestins.

  Pitta est la chaleur.

Il règle la température du corps, le digestion, l’assimilation, l’homéostasie, la pigmentation de la peau, l’éclat du regard, et l’intelligence.

La faim, la soif, la souplesse physique, l’entrain, l’intelligence et la vision sont pitta.

Lié aux éléments Feu et Eau, il a son siège dans l’estomac, le foie et l’intestin grêle.

  Kapha est la masse.

Il constitue la matière du corps, assure la résistance de l’organisme et la fonction immunitaire.

La stabilité du corps, la puissance, la force, la souplesse des articulations, le calme et la patience sont kapha.

Lié aux éléments Eau et Terre, il a son siège dans le cœur et les poumons.

Reconnaître sa constitution

Toute l’efficacité des soins et surtout de la prévention, en Ayurveda, repose sur la connaissance de son propre tempérament psycho-physique, autrement dit de son dosha dominant.

Chaque individu possède évidemment les trois doshas dans sa constitution physique, kapha par la chair et les sécrétions, pitta par la chaleur et le métabolisme, et vata par l’énergie et l’activité, mais la proportion de chacun d’eux varie et il y a pratiquement toujours un dosha pour prédominer, ou sinon une combinaison de deux doshas, déterminant ainsi une apparence et des dispositions de santé particulières.

Tout traitement, tout programme d’hygiène de vie, trouvent donc leur base dans la détermination du ou des doshas prédominants, c’est à dire en excès.

Toutefois, les tempéraments purement vata, pitta ou kappa sont généralement beaucoup plus facilement faciles à soigner – par simple diminution du dosha en excès – que les types doubles tels que vata/pitta, vata/kapha ou pitta/kapha qui, eux, nécessitent de solides connaissances dans la mesure où l’amélioration d’un des deux doshas peut aggraver l’autre.

On conseille, dans ces cas, d’augmenter le troisième dosha, celui qui est insuffisant, plutôt que de tenter de diminuer ou d’équilibrer les deux prédominants.

La prédominance, elle-même, peut s’avérer plus ou moins importante.

Un excès de vata se traduisant par des insomnies n’est évidemment pas aussi élevé qu’un excès de vata se traduisant par une paralysie !

Aussi n’est-il pas tout à fait exact de dire que la seule détermination du dosha excessif est suffisante pour utiliser l’Ayurveda.

Encore faut-il étudier plus précisément les qualités spécifiques en déséquilibre.

Un excès de vata, pour reprendre cet exemple, peut se manifester sous forme de rigidité et de réduction des mouvements, ou au contraire par une mobilité excessive et des tremblements.

Autour d’une même tendance, des symptômes diamétralement opposés peuvent donc être constatés.

D’autre part, les conditions environnementales jouent naturellement sur les doshas.

La vie dans le monde moderne, notamment, est très vata… et stimule donc le vata, même chez des sujets kapha ou pitta, entraînant l’apparition de symptômes non caractéristiques du tempérament réel et pouvant, par la même occasion, fausser le diagnostic.

Enfin, bien que la constitution ne varie généralement pas durant toute l’existence, il arrive que de longues maladies ou autres événements exceptionnels la modifient.

Des indicateurs objectifs

Cette constitution n’est donc pas si facile à reconnaître.

Fort heureusement, l’Ayurveda offre plusieurs critères, comme :

   les tendances aux maladies,

   les facteurs mentaux,

   les habitudes,

   le mode de vie,

   les expressions,

   le métabolisme,

   mais surtout la structure corporelle,

   le poids,

   et le teint

pour parvenir à une estimation assez fiable de sa constitution.

Ainsi, par exemple, le poids du type vata est léger, du pitta modéré, et du kapha lourd.

De même le vata a un physique mal développé, le pitta moyennement, et le kapha bien développé, voire corpulent.

Le teint du vata est terne, brun foncé, celui du pitta rouge, et celui du kapha pâle.

Les mentalités sont également de bons indicateurs.

Le vata a tendance à l’anxiété, il est indécis, changeant, instable, excitable, il manque de courage, reste assez solitaire, ne sait ni diriger ni obéir et dépense facilement son argent.

Le pitta, lui, est irritable et colérique, il est logique, critique, intelligent, convaincant et volontaire, il sait diriger mais reste très serviable, est aventureux et inventif, et s’intéresse plus au pouvoir qu’à l’argent.

Le kapha, enfin, est gentil, amoureux, sujet à la sensiblerie, lent à réagir, conservateur, timide et obéissant, il est très convivial, mais peut être étroit d’esprit, pantouflard et demeure affectivement très attaché.

Par rapport aux pathologies, le vata a une faible résistance, surtout au niveau du système immunitaire, il se spécialise dans les maladies du système nerveux, dans les douleurs, notamment arthritiques, et dans les troubles mentaux, mais fort heureusement réagit très rapidement aux remèdes.

Le type pitta a une résistance moyenne, mais il est tout de même sensible aux infections, aux fièvres et aux maladies inflammatoires, avec des réactions également assez moyennes aux médicaments.

Enfin, le kapha résiste généralement très bien aux maladies, avec cependant une tendance aux troubles congestifs et aux maladies du système respiratoires liées à des mucosités et des œdèmes.

Il lui faudra des dosages assez élevés de médicaments et la durée de ses traitements sera longue.

La santé et la spiritualité

Cependant l’objectif de l’Ayurveda n’est pas la « petite santé » du corps physique mais la « grande santé » du spirituel.

Car si le spirituel va bien, le mental va bien… et si le mental va bien, le corps se porte mieux !

De ce point de vue, les doshas n’ont donc qu’une importance secondaire, ce sont alors les gunas qui comptent le plus.

Or, des trois gunas, c’est évidemment sattva qui est le plus proche de l’Esprit.

Il en est même un synonyme puisqu’il désigne la clarté, autrement dit la qualité spirituelle fondamentale.

Sattva est la réalité impolluée par l’agitation mentale (rajas) ou par la léthargie (tamas).

Et comme, selon l’Ayurveda, la cause principale de la maladie est le manque de clarté d’esprit ou, si l’on préfère, la déficience de cette sagesse naturelle sans laquelle l’individu entre en désaccord avec la nature, l’univers et le divin, on ne s’étonnera pas d’apprendre que le diagnostic ultime de cette médecine traditionnelle pour expliquer la maladie est l’insuffisance de sattva.

Ce que confirme David Frawley dans l’un de ses nombreux livres lorsqu’il écrit que « les types sattviques sont ceux qui sont les plus exempts de maladies.

Leur nature est harmonieuse et adaptable.

Il s’efforcent de rester équilibrés et ont une paix d’esprit annihilant les racines psychologiques des maladies.

Ils sont prévenants envers les autres et prennent soin d’eux et de leur corps.

Toute leur vie est un apprentissage et ils essayent de voir le bien dans tout, y compris dans les maladies. »

Un spécialiste exceptionnel

En effet, le docteur David Frawley, auteur de plus de vingt livres sur le sujet, est l’un des rares experts en traditions védiques encore en vie.

En tant que disciple de Ramana Maharshi il poursuit les travaux de Ganapati Muni, qui fut l’un des principaux disciples du Maître.

Ces travaux sont principalement composés de manuscrits inédits traitant à la fois des Vedas et du Tantra, ainsi que de l’Ayurveda et de l’astrologie indienne, le Jyotish.

Il a également suivi plusieurs approches de Sri Aurobindo dans ses travaux journalistiques et sociaux se rapportant à l’Inde antique et contemporaine.

Le Dr Frawley est certainement la personne la plus qualifiée de nos jours en ce qui concerne les véritables origines de l’Ayurveda.

Expert en sanskrit, il a revalorisé et traduit de nombreux textes anciens d’après le contexte culturel de l’Inde antique.

Or, c’est ce contexte, modelé par la spiritualité des Rishis, qui seul peut faire de ces sciences indiennes millénaires des instruments d’évolution.

Sans la vision éveillée des Rishis, l’Ayurveda resterait une simple médecine naturelle.

Pour comprendre l’Ayurveda dans le détail et en profondeur, il faut se référer à deux de ses livres :

Yoga et Ayurveda, David Frawley

La santé par l’Ayurveda, David Frawley

 Jean-Baptiste Loin 

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9 Commentaires sur "La philosophie de l’Ayurveda"

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JC COLLET
Invité
JC COLLET

Très intéressant cet article et très bien rédigé, ce qui facilite l’exposé d’un sujet tout de même complexe pour des profanes.

Solange
Invité

Bonjour,

Merci beaucoup pour vos articles passionnants que je reçois depuis quelques temps ! C’est toujours une mine d’informations à découvrir !

Mahamane
Invité

Merci pour l’article.
Bonne journée

Murielle
Invité

bonjour,
connaîtriez-vous des centres sérieux de médecine ayurvédiques en Inde, par hasard ?
merci par avance de votre réponse et bien à vous,

Catherine
Invité

MERCI

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[…] La philosophie de l’Ayurveda: En plus d’être une ancienne technique médicale naturelle, l’Ayurveda est une discipline globale, préventive et curative, issue de l’une d…Source […]

Viviane
Invité

Merci.

Jacques Cayer
Invité
Jacques Cayer

Le curcuma est omniprésent présent en cuisine ayurvedique. Une grande quantité peut-elle avoir des effets irritants sur les orifices du corps. La peau de ma conjointe est devenu mince et les muqueuses se font moins présentes aux orifices du corps. Ce qui semble créer de l’irritation.
Y a-t-il un produit naturel pour réactiver la regenerescence de la peau et stimuler la formation des muqueuses. Elle a un profil vata-pita.
Merci de votre intérêt
Jacques

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